« Requiem » de Yoann Bourgeois

Le Requiem de Mozart est un monument mythique, dont sa partition est inachevée puisque le compositeur décéda avant même d’avoir fini son oeuvre.

Voilà le point de départ de cette rencontre entre le chorégraphe Yoann Bourgeois et la cheffe d’orchestre Laurence Equilbey : l’envie de créer quelque chose à partir de cet inachèvement, « comme si cette méditation sur la mort était doublée par le destin de cette oeuvre : le vide laissé par la mort de Mozart, entre ses lignes virtuoses, génère une extraordinaire tension éloquente. ». Ce vide se retrouve d’ailleurs souvent dans la recherche chorégraphique de Yoann Bourgeois. Je pense notamment à sa création Fugue, un escalier d’où s’élance une silhouette, qu’un trampoline renvoie à son escalade sans fin.

Avec cette nouvelle création, Yoann Bourgeois invite le public à découvrir ou redécouvrir les éléments qui lui sont chers et qui composent son répertoire. La scène devient un véritable caméléon, se transformant selon ses envies : elle se mue tour à tour en mur, en sol, elle tourne, et intègre des trappes, tout cela créant un jeu fascinant d’espace pour les interprètes.

Les corps tombent en chute libre depuis le haut du mur, glissant en douceur jusqu’à disparaître dans les ouvertures du sol. Les danseurs tombent un à un, puis, à deux, ils se retiennent, tentent de se sauver en vain, pour finalement se résigner à plonger ensemble dans les abysses.

Aux corps en chute libre succède une autre signature emblématique et tout aussi esthétique que puissante de Yoann Bourgeois : le plateau tournant, qui s’accélère de plus en plus. Les danseurs marchent, puis courent pour compenser ce mouvement, luttant pour ne pas être emportés au loin, avant de s’arrêter pendant que d’autres continuent de déambuler.

Cette création autour du vide est symbolisée par une lumière sombre qui évoque la nuit, par un décor en pente verticale qui met en évidence les chutes des huit danseurs acrobates, par la puissance d’un chœur composé de vingt-deux choristes et de quatre solistes, ainsi que par ce choix de respecter une partition inachevée.

Un sublime moment suspendu !

Plus d’infos sur la compagnie : https://yb-artcompany.com/