Presque dix ans après sa création, James Thierrée continue de faire vivre Raoul dans les théâtres du monde entier. Ce jour là, il s’est arrêté au Théâtre le 13ème Art, à Paris.
Comédien, danseur, acrobate, musicien, petit-fils de Charlie Chaplin… tous les ingrédients qui laissent présager d’un doux spectacle poétiquement inclassable. Son univers onirique séduit le public à chacun de ses spectacles (qui affichent d’ailleurs toujours complet).
Raoul est une sorte de roi déchu, de Robinson à la dérive, à la dégaine d’un sans-abri, qui vit isolé dans sa tour et du monde. Ce pauvre homme se bat contre ses propres démons, pendant près de deux heures…
Raoul est d’une exigence incroyable, tant sur le plan physique que créatif : une prouesse, une qualité de mouvement-chorégraphie-scénographie-lumière-son et j’en passe ! Rien ne dépasse, tout est millimétré. Chaque respiration est travaillée. Mime inquiet, James Thierrée jongle avec l’impossible. Acrobate hors pair, il n’abat les murs que pour mieux dormir debout. Clown triste, il mêle habilement tragique et burlesque.
Cette pièce se dit être un solo, mais James Thierrée est tout de même bien entouré par son équipe technique et par sa mère qui a conçu le bestiaire, ces drôles de créatures qui viennent établir un semblant de communication. Poisson, méduse, oiseau, éléphant, sont autant de visions, tantôt oniriques, tantôt cauchemardesques, qui renvoient le personnage à sa terrible solitude.
Pour ma part, le spectacle souffre de quelques longueurs. Mais peut-être est-ce le passage obligé pour laisser notre imaginaire s’imprégner de tant d’images oniriques ?
On peut aussi regretter la part de mystère qui s’évente, par exemple dans la scène finale, quand la mise en scène choisit de nous montrer la grue articulée qui permet à Raoul de voler. Dévoiler ses « trucs », casser l’illusion, exhiber la machinerie, est malgré tout un hymne magnifique à l’artisanat de la scène, dont James Thierrée est décidément un grand représentant.
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